Ce qu’on a vu—janvier 2026

Photo: Trio Orange
Ce qu’on a vu—janvier 2026
Télé, cinéma, théâtre, danse: voici cinq productions qui, sur scène ou à l’écran, ont fait vibrer l’équipe de collaborateur·trice·s de Nouveau Projet.
La nuit devant nous
Réalisation d’Adib Alkhalidey
Télé-Québec
Bien que La nuit devant nous vise le public adolescent, inutile de l’être pour apprécier la qualité—sur le plan tant du fond que de la forme—de cette série sensible, réalisée par l’auteur-compositeur-interprète Adib Alkhalidey et scénarisée par Marie-Philippe Châtillon. La pétulante Fred, aux prises avec un frère et une mère délétères, et l’anxieux Oscar font équipe de nuit au restaurant Chez Mario, sous le regard bienveillant de la faune nocturne y faisant son tour (dont une insomniaque campée par l’exquise Élise Guilbault). À l’orée de l’âge adulte, les deux jeunes noueront une amitié salvatrice qui les aidera à faire face à leurs enjeux respectifs. Le directeur de la photographie, Ménad Kesraoui, a conçu de splendides images dignes d’un film, le jeu d’ombre et de lumière créant une atmosphère feutrée. Alkhalidey et Dominique Plante, alias Minou, signent en outre la trame sonore originale de cette production faisant la part belle à la musique québécoise—il est réjouissant de voir des personnages chanter au karaoké Dis-moi dis-moi dis-moi de Lou-Adriane Cassidy et Rester debout d’Ariane Moffatt.
— Caroline Bertrand, cheffe de pupitre et journaliste, Nouveau Projet
Top Girls
Mise en scène d’Édith Patenaude
Espace Go
Depuis toujours on les a contraintes, rabaissées, violentées ou abandonnées. Mais aussi loin qu’on remonte, on en trouve qui ont refusé de se plier à l’ordre établi, d’obéir en silence… et à travers leurs confidences amères et leurs histoires brulantes, on comprend qu’elles en ont toutes payé le prix. Marlène vit dans les années 1980, en Angleterre, où l’ascension professionnelle des femmes semble enfin permise. Fini les empereurs, les marquis, les prêtres et les maris; elle veut sa place au soleil, et tant pis s’il faut jouer le jeu des hommes pour jouir enfin. Porté par une scénographie habile et angoissante—comment trouver sa place entre les murs qui enferment et le trou qui avale—, et par six interprètes magistrales, le texte de la Britannique Caryl Churchill, qui n’a pas pris une ride en 2026, est une occasion rare de hurler sa rage d’être une femme face à la violence du monde. Et de ressentir toute la solitude qui attend celles voulant sortir du lot. En exposant ainsi les multiples facettes de ces vies de femmes, les multiples contradictions qui les portent, en leur refusant même la fameuse sororité qui pourrait les sauver, Édith Patenaude nous offre un show bouleversant et résolument féministe.
— Maud Brougère, directrice éditoriale, Pièces
Fé·e·s sans foi
Chorégraphie de Georges-Nicolas Tremblay
Maisons de la culture montréalaises
Une comédie musicale nouveau genre—littéralement—pensée par le chorégraphe et danseur Georges-Nicolas Tremblay sur la quête identitaire. Out la trame narrative traditionnelle, out la virtuosité à tout prix; in la poésie qui ne se prend pas trop au sérieux, in la fluidité des corps. Nous assistons à la création d’une mythologie, qui brasse les idées du passé. On ne cherche plus à croire en une force divine, mais plutôt à commencer à croire en soi. Une évidence pour certain·e·s, une impossibilité pour d’autres. Il ne s’agit pas de culte de l’égo non plus. Ce retour à soi peut être autant vulnérabilisant qu’émancipateur, comme le fait d’enfiler une paire de talons aiguilles. Et qui sommes-nous pour dire que les fé·e·s n’existent pas?
— Emmalie Ruest, collaboratrice, Nouveau Projet
Hamnet
Réalisation de Chloé Zhao
En salle
Dans la campagne anglaise du XVIe siècle, William Shakespeare (Paul Mescal) et Agnes (Jessie Buckley) fondent une famille. Rattrapé par son besoin de créer, Will entame une série de voyages à Londres pour propulser sa carrière théâtrale. À travers ses allers-retours, un drame s’abat sur la famille: la mort de leur jeune fils Hamnet. Une perte qui aurait influencé la création de la pièce Hamlet, explore cette adaptation cinématographique de Chloé Zhao du roman éponyme de Maggie O’Farrell. Dès lors, interroge le film, comment vivre son deuil en composant avec le sens du devoir parental, la mémoire et la guérison? Fort d’une photographie sensible, de performances intimes et viscérales et de la musique abyssale de Max Richter, le long métrage nous guide à travers la souffrance—et au-delà de celle-ci—dans ce que l’art peut être de plus salvateur.
— Alexia Leclerc, collaboratrice, Nouveau Projet
ON/OFF
Chorégraphie de Grand Poney
Maison de la culture Claude-Léveillée
Jacques Poulin-Denis, alias Grand Poney, réitère son obsession du tapis de course pour la troisième fois avec cette pièce pour cinq danseur·euse·s. En vrac, on y retrouve des corps agiles et virtuoses; une machine consciente des vitesses qu’elle impose; et de nombreuses allégories au temps, à la routine, aux histoires qui se répètent. S’adressant tant aux ados qu’au grand public, ON/OFF permet à la fois de philosopher et d’apprécier les variations poétiques et drolatiques autour de ce tapis d’exercice. On rit et on réfléchit, parfois les deux en même temps.
— Emmalie Ruest, collaboratrice, Nouveau Projet









